Le succès de Donald Trump expliqué par les mots

Raciste, misogyne et violent, Donald Trump a souvent des propos erratiques et digressifs. Ici en France, personne n’arrive à croire à sa crédibilité, et pourtant il est bien sur le point de remporter les élections primaires républicaines. Son secret: une communication simple et directe qui fait appel aux réflexes primitifs de peur qui se cachent chez tout humain.

Le Youtubeur The Nerdwriter a analysé la réponse de Donald Trump à une question très simple, posée par Jimmy Kimmel: « Ne pensez-vous pas qu’il est mal, et anti-américain, de discriminer quelqu’un selon sa religion? ». Cela faisait suite au souhait exprimé par Trump d’interdire à tous les musulmans d’entrer sur le territoire américain. Voici comment, en une réponse, Donald Trump élude la question tout en intégrant tous les éléments de sa rhétorique.

  1. Employer des mots simples

Donald Trump utilise un vocabulaire extrêmement simple. Sur les 220 mots employés par Trump dans sa réponse, 172 sont des mots d’une seule syllabe, soit 78%. Seuls 4 mots comportent 3 syllabes, 3 d’entre eux étant la répétition du même mot: « tremendous », qui signifie « énorme ». Le mot « problème » est répété régulièrement, ce qui est une technique qu’il adopte très souvent. Les 2 seuls mots de 4 syllabes sont « California » et « temporary », prononcé si rapidement qu’il semble n’en faire que deux. La majorité des mots est ainsi très facilement assimilable.

  1. Être compris par tous

donald_fleshkincaid

Dans une étude récente, le Boston Globe a analysé tous les candidats à la présidentielle américaine selon le test de Flesch-Kincaid, qui consiste à déterminer le niveau requis pour comprendre leur discours. Donald Trump, tout en bas de la liste, utilise un vocabulaire compréhensible par un élève de CM1, tandis qu’Hillary Clinton parle à un niveau équivalent à un élève de quatrième.

  1. Éviter les phrases complexes

Donald Trump s’exprime presque exclusivement avec des phrases simples, composées d’une seule proposition principale, telles que « We have a real problem » (Nous avons un vrai problème) ou « Look at what happened in Paris » (Regardez ce qu’il s’est passé à Paris). Il n’utilise jamais de constructions grammaticales complexes, avec des conjonctions de subordination ou des temps autre que le présent et l’imparfait.

  1. Placer les mots importants en fin de phrase

donald_motsclés

« Mort », « problème », « merci », « mal », « blessé »… De nombreuses phrases sont construites dans le but de finir sur un mot-clé, afin qu’il soit celui retenu par son auditoire. Cela explique certaines constructions hasardeuses et un certain manque de logique entre les propositions. Mais Trump n’en a que faire : il souhaite semer la peur et pour cela, il est inutile de s’adresser au cerveau rationnel.

Pour conclure, Donald Trump est un communiquant habile. Le fait qu’il ne maîtrise pas les sujets dont il parle n’a pas tant d’importance, car au milieu des politiciens classiques et de leur langue de bois, il se démarque et donne cette impression de « parler vrai ». Le contenu est évacué, et le public projette sur lui cette image de héros, qui n’a pas peur de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. C’est évidemment un leurre, mais Donald Trump ne s’embarrasse pas de contraintes de vraisemblance ou de sincérité. Au contraire, il a bien compris que « plus c’est gros, plus ça marche ». Les pires insultes, les approximations, les gestes de violence, les déclarations choc sont ce qui fait son fonds de commerce et assurent sa présence continue dans les médias.

Comment contrer la stratégie de nivellement par le bas de Trump? En réinjectant du concret dans le discours politique.

donald_videonewsom

En voici un excellent exemple: son opposant Gavin Newsom a publié une vidéo démontrant l’inanité de son programme politique, notamment en termes d’immigration. Il explique que son projet de construire un mur pour se protéger des migrants et de ramener tous les étrangers clandestins à la frontière est un gouffre financier qui mènerait le pays à la ruine.

Personne ne sait encore si Donald Trump sera élu Président de la République, mais une chose est sûre : celui qui, il y a peu, passait pour un homme d’affaire star d’une télé-réalité, a su se rendre politiquement crédible sans faire aucune proposition réfléchie. Gavin Newsom montre qu’il est possible de donner une réponse rationnelle et censée à ce type de discours, et de combattre la bêtise par une réflexion à la fois humaniste et concrète.